Etape préliminaire dans sa stratégie de « balancing », d’où le terme « pré-balancing » utilisé pour la qualifier, le développement de la Chine comme Grande puissance se fait sous le slogan idéologique de « développement pacifique ». La paix ainsi promue cache mal la crainte des dirigeants chinois de voir les USA tenter de contenir leur essor économique avant que ces derniers n’atteignent des proportions convertissables en hyperpuissance militaire, en « hard power ».

L’ECONOMIE D’ABORD

Pékin a inscrit le développement économique au premier plan de ses priorités et dans son « ascension pacifique ». Dans le contexte du post guerre froide, sa stratégie principale consiste à trouver un équilibre optimal entre « les canon et le beurre » (Voir Yuan-Kong Wang, in « China’s grand strategy and US privacy ». En faisant de la réforme économique le pilier central de sa stratégie de puissance, Beijing fait un usage efficace du « hard economic power » comme arme principale dans sa bataille contre l’hégémonie américaine. En optant pour un « hard power » souple, c’est-à-dire pour un pouvoir militaire moins visible, la Chine développe une stratégie de la prudence et de l’usure. Mais c’est aussi un choix conditionné par les circonstances géopolitiques mondiales, notamment depuis la décennie 1990. Alors qu’après la chute du mur de Berlin les spécialistes en Chine prédisait le déclin des USA et l’émergence d’un monde multipolaire, il s’est avéré vers le milieu des années 1990 que non seulement les USA tenaient bon, mais ils gagnaient encore en puissance. De fait, les chinois sont arrivés à la conclusion suivante : « A long terme, le déclin de la suprématie des États-Unis et la transition vers un monde multipolaire sont inévitables ; mais à court terme, la puissance de Washington ne déclinera vraisemblablement pas, et son poids dans la balance des affaires mondiale demeurera intact » (Voir Wang Jisi, « China’s search for stability with America », Foreign Affairs, vol. 84, n°05, 2005. La chine a dès lors pris l’initiative de tenir les USA, non seulement comme puissance dominante, mais aussi comme un danger pour son ascension. DENG XIAO PING s’inscrira dans cette logique et instruira à ses camarade du Parti Communiste de « dissimuler les capacités de la Chine, de construire discrètement sa puissance nationale ». (Cf., Mamoudou Gabizo et Rorome Chantel, in Un nouvel ordre mondial made in China ?).

En clair, la Chine alors relativement faible à cette époque se doit d’évacuer toute provocation, tandis que son économie se développe autant que sa force. Deng Xiaoping ajoute : « Si la Chine veut évacuer la pression inhérente à l’impérialisme et à la politique de puissance et préserver ce système socialiste, il est crucial pour nous de réaliser une croissance économique rapide et exécuter notre stratégie de développement ». Comme l’indiquent Yong Deng et Fei-Ling Wang, la question économique est centrale depuis les années 1980 : « Deng Xiaoping a isolé le développement économique comme la ‘‘tache centrale’’ pour le Parti Communiste Chinois au cours des cent prochaines années » (Voir Rising China : power and motivation in chinese foreign policy, p. 32). Ainsi faire de l’argent est devenu quasiment une religion pour les chinois.

LA SECURITE EN QUESTION

Ces envolées économiques exigent la maitrise de l’environnement sécuritaire en misant d’abord sur ses ressources internes. De la sorte : « la stratégie de la Chine est conçue de façon à favoriser sa croissance économique rapide, laquelle constitue le principal facteur de légitimité pour le régime hormis le nationalisme ; attirer les ressources maximum (technologie, investissements et ressources matérielles stratégiques) vis-à-vis du système international ; et réduire les menaces externes qui pourraient absorber ses ressources. Après le pari de Mao sur la puissance coercitive et de Deng sur la puissance économique, la Chine cherche maintenant un mélange plus équilibré qui procède également de la ‘‘puissance des idées’’ » (Cf., David M. Lampton, The Three Faces of Chinese Power : Might, Money, and Minds, berkeley University of California Press ; 2008, pp. 117-118.

En Chine, on procède à de profondes transformations qui ont vu le système bureaucratique d’Etat planifié se muer en un régime ouvert sur l’économie de marché. Le tout en misant sur une diplomatie agressive au service de son économie, via la globalisation. Tout en travaillant pour que les USA ne perçoivent pas la Chine comme une puissance à contenir et à détruire.

LA CHINE, MOTEUR DU COMMERCE MONDIAL OU LE REVEIL DU DRAGON

La Chine est devenue l’atelier du monde, la plus grande plateforme de production destinée à l’exportation. Economiquement elle a dépassé le japon depuis 2004, et a contribué de plus de 10% de l’économie mondiale en 2007 et 2008.  Depuis les réformes des années 1970, la Chine a réussi à réduire l’écart abyssal qui séparait son économie de celle des USA. Face à l’énigme qu’illustre le succès de l’économie capitaliste la plus grande au monde sous l’égide d’un régime communiste, Deng Xiaoping répondait sans ambages que : « peu importe que le chat soit blanc ou noir, seul un chat intelligent attrapera la souris. Le succès est notre devise ». Lors du trentième anniversaire de la réforme chinoise, le Président Hu Jintao précisait : « La Chine a utilisé la réforme et l’ouverture comme une force motrice puissante pour pousser vers des réalisations et accomplissements qui captivent l’attention du monde ».

C’est ce rôle central dans l’économie du monde qui donne à la Chine un statut d’acteur stratégique incontournable qui occupe une place de premier ordre sur l’échiquier international. La Chine est une superpuissance économique qui génère bien des appréhensions sur le plan militaire. C’est la puissance hégémonique du 21ème siècle. Parmi les lignes de force du projet chinois, on retrouve :

  • Le soutien financier aux pays à forte croissance et le financement des infrastructures de communication partout en Asie ;
  • L’internationalisation du Yuan, appuyé sur une place financière de Hong Kong, puis partout dans le monde ;
  • La création d’un marché obligatoire en Yuan, d’abord à Hong-Kong, puis partout dans le monde ;
  • Une monnaie forte et l’abandon des activités à faible valeur ajoutée, développement de la technologie et des universités.

 

Par Bell Nyobè

Sources :

  • Mamoudou Gabizo et Rorome Chantel, Chapitre 3, La dimension économique de la stratégie chinoise de puissance, in Un nouvel ordre mondial made in China ? (en ligne) Montréal : Presses de l’Université de Montréal, 2011 (généré le 16 novembre 2019, disponible en ligne books.openedition.org.
  • Charles Gave, économiste et financier, Institut des libertés, in « stratégie chinoise », analyse publiée sur leconomiste.eu, le 10/02/2015.