Alors que la Chine redessine brutalement sa carte universitaire pour 2035, un message silencieux mais puissant traverse les continents : la souverainetĂ© de demain ne se nĂ©gocie pas dans les chancelleries, mais se forge dans les amphithéâtres. Pour l’Afrique, l’exemple chinois n’est plus une simple curiositĂ© statistique, c’est un miroir tendu Ă  ses propres ambitions de dĂ©veloppement.

Le grand ménage de Pékin

La stratĂ©gie chinoise est d’une clartĂ© chirurgicale. Entre 2023 et 2025, le ministère de l’Éducation a supprimĂ© plus de 2 500 filières jugĂ©es obsolètes — littĂ©rature classique, philosophie traditionnelle, sociologie — pour crĂ©er 3 229 nouvelles spĂ©cialitĂ©s. Intelligence artificielle, informatique quantique, neutralitĂ© carbone : PĂ©kin ne veut plus seulement fabriquer les objets du monde, il veut en possĂ©der les brevets. Avec 40 % des Ă©tudiants orientĂ©s vers l’ingĂ©nierie, la Chine fait le pari du « savoir productif » contre le « savoir contemplatif ».

Le parallèle africain : Sortir de l’imitation

Cette rĂ©volution rĂ©sonne avec la « MĂ©thode Pagou » observĂ©e chez les Lions Indomptables au Cameroun : une rupture avec les statuts Ă©tablis pour privilĂ©gier l’efficacitĂ© collective. LĂ  oĂą David Pagou a Ă©cartĂ© les « petits sĂ©nateurs » pour bâtir une armĂ©e du collectif, la Chine Ă©carte les disciplines de confort pour bâtir une nation de l’innovation.

Pour l’Afrique, la leçon est limpide : la souverainetĂ© scientifique est le prĂ©alable Ă  l’autonomie politique. Tant que les universitĂ©s africaines formeront majoritairement des gestionnaires et des juristes pour des administrations plĂ©thoriques, le continent restera dĂ©pendant des technologies importĂ©es. Trouver sa « propre voie », c’est oser, comme PĂ©kin, connecter l’universitĂ© directement Ă  la production industrielle locale.

Le risque du déséquilibre

Toutefois, ce pragmatisme extrĂŞme suscite des dĂ©bats. En marginalisant les sciences humaines, la Chine risque d’affaiblir la conscience critique de sa jeunesse. L’Afrique, forte de sa richesse culturelle, doit Ă©viter cet Ă©cueil : s’approprier les technologies de pointe (IA, Ă©nergies nouvelles) sans sacrifier l’âme et l’identitĂ© qui font sa force.

Le plan chinois 2024-2035 rappelle une vĂ©ritĂ© universelle : « Qui sème l’Ă©ducation tournĂ©e vers l’avenir rĂ©colte la souveraineté ». Pour l’Afrique, il ne s’agit pas de copier le modèle chinois, mais d’en adopter l’audace : celle de supprimer ce qui nous freine pour inventer ce qui nous libère.

Jean Bosco BELL

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