Pedro Sanchez, frondeur d’une Europe domptée
C’est un camouflet inattendu pour l’Occident réuni qui, aux côtés de Washington et de Tel-Aviv, mène une guerre ouverte contre la République islamique d’Iran. Longtemps cantonnée au terrain idéologique, la confrontation a pris une tournure militaire le 28 février dernier avec l’attaque israélo-américaine contre Téhéran.
Mais dans cette coalition guerrière, une voix dissonante s’élève : celle du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui, à l’image de Jacques Chirac en 2003 face à l’invasion de l’Irak, a clairement exclu toute participation de son pays aux opérations contre l’Iran, qu’il juge « contraires au droit international ». Allant plus loin encore, le chef du gouvernement espagnol refuse que les bases militaires situées sur le territoire de l’Espagne soient utilisées comme zones de repli stratégique pour les avions de chasse américains.
Une position qui n’a évidemment pas manqué de provoquer l’ire de la Maison-Blanche. Le président américain s’en est violemment pris à son homologue espagnol, allant jusqu’à menacer de rompre certains accords commerciaux et d’utiliser les bases militaires sans l’accord de Madrid. Une réaction qui illustre la tension croissante entre Washington et certains partenaires européens face à l’escalade militaire au Moyen-Orient.
L’arbre qui cache la forêt
En réalité, la position espagnole est loin d’être isolée. Plusieurs États membres de l’OTAN, en Europe comme sur le continent américain, se montrent réticents à participer à une guerre dont les conséquences pourraient être incalculables.
Ainsi, moins d’une dizaine des vingt-trois pays européens membres de l’alliance prennent part à l’opération militaire. Si la France et le Royaume-Uni apparaissent en première ligne, une large partie de l’Europe – de l’Espagne à la Pologne, en passant par le Danemark, la Roumanie, la Hongrie, la Grèce ou encore les Pays-Bas – préfère garder ses distances.
Dans la région orientale de l’alliance, la Turquie appelle également à la désescalade, tout en avertissant qu’elle réagirait à toute attaque contre son territoire. L’Allemagne, pour sa part, condamne la riposte iranienne mais refuse de s’engager militairement, privilégiant les appels au calme.
Ces positions traduisent une réalité plus profonde : l’impopularité croissante de l’offensive israélo-américaine et les fractures qui traversent aujourd’hui l’alliance occidentale. Même aux États-Unis, une partie de l’électorat républicain se montre réticente à l’idée d’un nouveau conflit au Moyen-Orient, surtout contre un Iran considéré comme mieux préparé à une guerre longue.
Dans ce contexte, Téhéran a salué la décision « responsable » de l’Espagne et assuré qu’il ne viserait pas les intérêts des États restés en dehors du conflit.

Vijilin NGUELIFACK


