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Trump et l’Amérique noire : Le masque et la fracture

L’incident récent d’une vidéo déshumanisante partagée sur Truth Social a ravivé le débat sur le rapport de Donald Trump aux minorités. Derrière l’« erreur technique » invoquée par la Maison Blanche, se dessine une stratégie politique où l’humiliation et l’exclusion semblent devenir des piliers de gouvernance.

Le 5 février dernier, peu avant minuit, le compte Truth Social de Donald Trump relayait une vidéo aux relents de l’ère Jim Crow : Barack et Michelle Obama y étaient représentés en singes. Si l’administration a fini par plaider l’erreur d’un collaborateur après avoir dénoncé une « indignation artificielle » des médias, le mal est fait. Pour beaucoup d’Afro-Américains, cet événement n’est qu’une pièce de plus dans une mosaïque de provocations calculées.

Une rhétorique de combat, un bilan en question

En 2016, Donald Trump lançait aux électeurs noirs : « Qu’avez-vous à perdre ? ». Promettant un « New Deal for Black America », il visait un score historique de 95% du vote noir en 2020. Pourtant, la réalité statistique est plus nuancée. Si le président se targue souvent d’avoir atteint le taux de chômage des Afro-Américains le plus bas de l’histoire, les analystes rappellent que cette courbe décline de manière constante depuis 2010, sous l’ère Obama. Sous Trump, la création d’emplois a même ralenti en 2017 par rapport à l’année précédente.

Plus inquiétant, le taux de personnes sans couverture santé au sein de la communauté noire est reparti à la hausse, passant de 10,9% à la fin du mandat d’Obama à 12,3% en 2018. Dans le domaine de l’éducation, le démantèlement des directives favorisant l’« Affirmative Action » et le désinvestissement des universités historiquement noires (HBCU) marquent une rupture nette avec l’héritage d’inclusion de son prédécesseur.

Le retour du racisme « intentionnel »

Ce qui distingue Donald Trump de prédécesseurs républicains comme Reagan ou Bush père — qui utilisaient des codes subtils comme les « Reines de l’assistance » ou l’affaire Willie Horton — c’est l’abandon total des euphémismes. En qualifiant les pays africains de « pays de merde » ou en attaquant frontalement des icônes des droits civiques comme John Lewis, Trump rend le racisme de nouveau « intentionnel » au sommet de l’État.

Pour Amnesty International, cette politique ne vise pas la sécurité nationale, mais la diabolisation des minorités. « Trump a normalisé le racisme et la haine », déclarait Kumi Naidoo, secrétaire général de l’organisation. Cette normalisation se traduit par des actes concrets : le retour massif aux prisons privées — où les jeunes noirs sont surreprésentés — et l’encouragement de pratiques policières controversées comme le stop-and-frisk.

Une stratégie d’exclusion systémique

Le malaise dépasse la personnalité du président. Une quinzaine d’États républicains ont mis en place des restrictions au vote (pièces d’identité avec photo, suppression du vote par correspondance) qui ciblent directement les populations noires et défavorisées. Ces mesures, couplées à la fermeture de milliers de bureaux de vote dans les comtés majoritairement afro-américains, ont entraîné le déclin de la participation noire le plus important depuis vingt ans.

Vers une nouvelle résistance

Face à ce que le Congressional Black Caucus qualifie de « politique d’exclusion », une contre-offensive s’organise. Les élections de mi-mandat ont vu émerger un nombre record de candidats afro-américains, portés par des mouvements comme Black Lives Matter. La question reste entière : les institutions américaines, basées sur le système des freins et contrepoids, seront-elles assez fortes pour préserver les principes d’égalité face à un pouvoir qui semble puiser sa force dans la polarisation raciale ?

Donald Trump ne semble plus simplement être un président républicain « différent » ; il est devenu le catalyseur d’une Amérique qui, tout en cherchant à « retrouver sa grandeur », semble surtout redécouvrir ses vieux démons. Le racisme reprend du poil de la bête et Trump en est le catalyseur. Un recul abyssal pour les USA.

Jean Bosco BELL

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