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Une onde de choc s’est emparée du Cameroun à l’annonce, ce lundi matin 1er décembre 2025, du décès en détention de Georges Anicet Ekane. Figure emblématique de l’opposition, nationaliste et inlassable militant pour la démocratie, le président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) a succombé à l’âge de 74 ans. Sa mort, survenue dans un établissement médical militaire après un mois passé au Secrétariat d’État à la Défense (SED), soulève une vague d’indignation et relance le débat sur les conditions de détention politique.

Le choc est brutal. L’avocat de Georges Anicet Ekane, Me Emmanuel Simh, s’est dit « effondré », se remémorant sa dernière visite où l’opposant était « très difficile » à voir en raison de sa mauvaise forme. La famille est plus explicite : « Ekane vient de mourir. Ils l’ont tué… », a écrit sa sœur, Marianne Simone Ekane, sur les réseaux sociaux, exprimant l’accusation que beaucoup de partisans partagent au siège du parti à Douala, rapidement encerclé par les forces de sécurité.

Un décès dans des conditions inacceptables

L’arrestation de Georges Anicet Ekane fin octobre, 12 jours après l’élection présidentielle, avait déjà marqué les esprits. Il avait été interpellé à Douala, avec d’autres cadres du Manidem, pour avoir revendiqué la victoire d’Issa Tchiroma Bakary, le candidat qu’il soutenait après l’invalidation de Maurice Kamto. Accusé de crimes insurrectionnels et d’hostilité envers la patrie, il fut détenu sans inculpation.

La controverse se cristallise autour de sa prise en charge médicale. Âgé et souffrant de troubles respiratoires, l’opposant n’a, selon ses avocats et sa famille, pas reçu les soins adéquats. Malgré les alertes répétées sur la dégradation de son état de santé, il aurait été privé de son extracteur d’oxygène resté à Douala.

Pour Cyrille Rolande Bechon, directrice exécutive de l’ONG Nouveaux Droits de l’Homme, cette mort est « inacceptable ». Elle souligne : « C’est une obligation pour celui qui détient une personne de prendre toutes les dispositions nécessaires pour que celui qui est détenu ne meure pas en détention. » Face à la consternation nationale, le Ministre du Travail, Grégoire Owona, a rapidement adressé ses condoléances, tout en appelant à attendre les résultats de l’enquête annoncée par le Ministère de la Défense.

Un demi-siècle de lutte pour la démocratie

Georges Anicet Ekane n’était pas un novice en politique, mais un vétéran du combat pour la démocratie. Né à Douala en 1951, son engagement fut scellé le 15 janvier 1971, lorsqu’il assista, médusé, à l’exécution publique d’Ernest Ouandié à Bafoussam. Cet évènement tragique, dit-il, donna un sens à sa vie.

Diplômé en économie en France, il adhère à l’Union des Populations du Cameroun (UPC) en 1973. De retour au Cameroun en 1983 comme militant clandestin, il co-encadre le groupe de démocrates patriotes autour de Me Yondo Black et sera arrêté puis condamné à quatre ans de prison en 1990 par le tribunal militaire, avant d’être libéré par grâce présidentielle.

Il fut l’un des fondateurs du Manidem en 1995 et l’un des initiateurs des célèbres campagnes de « villes mortes » et des « cartons rouges » qui ont marqué la lutte pour le multipartisme dans les années 90. Son expression favorite, « La politique c’est comme un vélo, il faut tout le temps pédaler sinon on tombe », résume une vie de militantisme permanent, sans répit face aux régimes successifs d’Ahidjo et de Biya.

Pour le politologue Aristide Mono, le Cameroun dit adieu à un « héros moderne de la lutte de libération ». La mort de cet opposant politique affirmé, succombant en détention après avoir été privé d’équipements médicaux vitaux, est vue par ses partisans comme un lourd prix à payer pour la dissidence. Le décès de Georges Anicet Ekane est un coup dur pour les forces pro-démocratie et résonne comme un sombre avertissement sur l’état de la liberté d’expression et des droits humains dans le pays.

Jean Bosco BELL

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