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Il s’en est fallu de très peu pour que le Cameroun plonge dans un scénario de shutdown budgétaire, cette « paralysie budgétaire » anglicisée.

Alors que la session parlementaire de novembre 2025, traditionnellement dédiée au budget, s’était ouverte le 2 novembre, le Gouvernement a soumis le projet de loi de finance 2026 seulement le 17 octobre, juste dans le délai légal des quinze jours requis par l’article 57 de la loi de 2018.

À l’étonnement général, ce n’est qu’en fin d’après-midi ce mercredi 26 novembre, à cinq jours de la clôture officielle de la session, qu’une plénière a été convoquée pour l’écoute du Premier ministre. L’objectif : présenter le « programme économique, financier, social et culturel de l’État pour 2026 », suivi de débats que l’on sait déjà expéditifs. Fort de sa majorité obèse, le Gouvernement fait appel à la fameuse discipline du parti pour faire passer cette loi sans véritable échange ni amendement critique.

Cette précipitation est source d’inquiétude. Les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) et les entreprises publiques sont dans l’expectative, leur propre budget dépendant structurellement des grandes orientations fixées par l’État. Le patronat camerounais, dont les investissements sont vitaux, attend lui aussi fébrilement de connaître les priorités budgétaires.

Dissipation des craintes : Une crise aiguës évitée, mais la morosité demeure

L’idée d’une paralysie totale des administrations s’éloigne, mais les craintes relatives à la structure du budget, qui annonce une année économiquement morose, persistent.

Fixé à 8 816,4 milliards de FCFA, en hausse de 14% par rapport à 2025, ce budget destine près de 65% de son enveloppe au seul fonctionnement de l’appareil étatique. Cette structuration alourdit l’ardoise déjà amère de la dette extérieure : près de trois mille milliards seront financés par emprunts. L’essentiel de la collecte proviendra, comme d’habitude, des prélèvements fiscaux (4 889,5 milliards).

Au niveau des coupes, les CTD sont les grandes perdantes. Déjà asphyxiées par la dette intérieure et les arriérés de salaire, elles verront l’enveloppe globale de la Dotation Générale de la Décentralisation (DGC) à nouveau réduite. Ce geste est loin des 3% habituellement versés, et contrevient aux 15% prévus par la loi de 2019 sur le Code Général des CTD, créant un contraste criant avec l’accroissement de leurs compétences transférées, comme l’a souligné la Chambre des Comptes. La conséquence directe ? Il est fort probable que les CTD actionnent le levier fiscal pour « raquetter un peu plus le pauvre débrouillard ».

Quid de la réduction du train de vie de l’État ?

La réduction du fameux train de vie de l’État reste une vieille chimère. Toutes les institutions connaissent au contraire une augmentation significative de leur budget de fonctionnement. S’offrir le faste insolent sur le dos du bas peuple est une véritable gageure budgétaire, contraire à toute théorie économique en période de crise.

L’avocat Christian NTIMBANE Bomo le rappelle : cette situation est aggravée par les réticences des bailleurs de fonds internationaux qui jugent d’un mauvais œil le climat politique délétère et augmentent en conséquence le taux de leurs emprunts.

Le shutdown budgétaire a été évité de justesse, mais 2026 ne présage rien de bon pour le contribuable camerounais.

Vijilin NGUELIFACK

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