L’Afrique est à la fois le continent de la croissance numérique la plus rapide et celui des entraves les plus persistantes. Bien que le taux d’utilisation d’Internet ait bondi de 24,8 % à plus de 38 % entre 2017 et 2024, l’accès à un forfait haut débit demeure un luxe exorbitant, s’établissant à près de 15 % du Revenu National Brut (RNB) par habitant en moyenne, un chiffre bien au-delà du seuil d’accessibilité de 2 % fixé par l’UIT.
Au Cameroun, la situation a pris une tournure critique. Depuis le 14 mars 2024, et plus récemment le 23 octobre dans un contexte d’incertitude post-électorale tendue, le pays subit une dégradation sévère de sa connexion Internet. Les autorités ont confirmé la rupture de certains câbles sous-marins à fibres optiques, impliquant notamment le câble WACS. Si MTN et Orange renvoient la responsabilité à l’opérateur national Camtel, l’effet est le même pour l’utilisateur : un blocage généralisé de Yaoundé à Douala, où même une simple conversation WhatsApp devient un défi.
L’Impact économique : le prix de la dépendance

Ces perturbations, qu’elles soient dues à des incidents techniques ou à des restrictions volontaires, portent un coup fatal aux ambitions de développement. L’Internet n’est plus un simple outil social, mais le système nerveux de secteurs clés : finances, éducation, agriculture et, surtout, les petites et moyennes entreprises (PME).
Comme l’expliquent des spécialistes du numérique, les coupures paralysent l’activité des structures dépendantes du digital. Dans un pays qui peine à diversifier son économie, priver les e-commerçants ou les start-ups de connectivité, c’est bloquer la création de richesse et exacerber la précarité.
Le spectre démocratique
L’incident du 23 octobre revêt une dimension politique particulière. Survenant juste après le rejet des recours contestant la réélection annoncée du Président Paul Biya, la coïncidence de cette coupure avec un contexte post-électoral tendu et des manifestations qui s’en sont suivies ont soulèvé inévitablement des questions critiques.
L’Internet est, par essence, un espace d’expression publique et de contrôle démocratique. Lorsque l’accès est compromis – que ce soit par le prix exorbitant ou par la rupture technique –, la capacité des citoyens à s’informer et à participer est entravée. La fragilité de l’infrastructure numérique en Afrique, mise en évidence par ces pannes récurrentes, est un frein au développement économique autant qu’un défi à la transparence et à l’engagement citoyen. Le Cameroun, dont les chiffres de RNB placent le coût de l’Internet bien au-delà de l’accessible, paie un lourd tribut à cette dépendance technique.



Emilienne BOMBA
