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Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur la coopération culturelle. Ce vendredi 6 juin, Douala n’a pas seulement lancé une saison artistique ; elle a été le théâtre d’une démonstration de force, d’une véritable masterclass sur la manière de réinventer le dialogue entre l’Europe et le Cameroun. Le coupable ? Le Cameroonian Cultural Network (CCN), qui, pour sa quatrième édition, a orchestré un lancement en deux temps qui restera dans les annales : une conférence de presse feutrée à Doual’Art, suivie d’un concert incandescent et gratuit sur la mythique Rue de la Joie, chez l’incontournable KIKI Entertainment.

La journée a débuté dans le cadre intimiste de la galerie Doual’Art à Bonanjo pour une conférence de presse très suivie. Face aux journalistes et en présence des lauréats, les membres du « BOARD » mixte, camerounais et européens, ont exposé la philosophie de cette 4ème édition : une coopération d’égal à égal. Ils ont dévoilé le programme de la tournée nationale de 40 dates et présenté les dix artistes qui en seront les ambassadeurs, réaffirmant leur engagement pour une culture décentralisée et accessible à tous. Pour répondre aux questions des médias, pas moins que Charles Kamdem, Directeur du CLAC, Chef de file du CNN, Son Excellence Ignacio Rafael Garcia Lumbreras, Ambassadeur d’EspagneMuriel Piquet-Viaux, Directrice de l’Institut Français du Cameroun, Raphael Mouchangou, Coordonnateur des programmes Goethe au Cameroun, Fabiola Ecot Mbida, Directrice du CIPCA, Martin Ambara, Directeur OTHNI, Laboratoire de théâtre.

Au-delà des décibels et des applaudissements, c’est la mécanique même du CCN qui fascine. Imaginez un « BOARD » où quatre institutions culturelles camerounaises (OTHNI, CLAC, CIPCA, KIKI Entertainment) et quatre poids lourds européens (Ambassades d’Espagne, de France, d’Allemagne et la Délégation de l’UE) décident d’égal à égal. « C’est la toute première fois au Cameroun qu’un projet culturel s’appuie sur un organe décisionnel mixte », confie Charles Kamdem. Fini le schéma classique du mécène qui finance et de l’artiste qui exécute. Ici, on « co-construit », on décentralise les réunions à intervalles réguliers dans une ville différente, on décide ensemble. Une petite révolution dans la gouvernance culturelle.

Et les résultats sont là. Depuis 2021, près de 140 événements ont irrigué le territoire, de Ngaoundéré à Dschang, de Buea à Garoua, de Douala à Yaoundé, etc. Cette année encore, dix artistes et groupes, lauréats 2025, s’apprêtent à sillonner le pays pour une tournée de 40 dates. On y retrouvera la danse habitée d’Emmanuel Barka et la Cie Tchina, le théâtre percutant de Sassayée et REGARTLESS, les arts visuels par Darius Dada et Debora Yawdam, l’art déclamatoire par Mottanni et Love and Laugh, ou les sonorités envoûtantes de Julie Benito et Nda Chi. Mais avant de les lâcher sur scène, le CCN les a mis au parfum. Début juin, artistes et espaces culturels partenaires ont été conviés à un séminaire de renforcement des capacités : comment monter un dossier artistique en béton, négocier avec des partenaires, gérer la technique… Bref, comment transformer la passion en une carrière viable.

Le point d’orgue de ce lancement fut sans conteste la soirée « chez Kiki ». La Rue de la Joie, à Bali, a retrouvé ses lettres de noblesse, transformée en une scène à ciel ouvert où la communion fut totale. Le public, venu en masse, a eu un avant-goût électrisant de la tournée à venir, un aperçu de cette diversité culturelle que Son Excellence Ignacio Rafael Garcia Lumbreras qualifie d’« immense ». « Nous ne sommes pas là pour imposer, mais pour échanger, » martèle-t-il, résumant l’esprit du projet. Et à voir les sourires et les corps danser, l’échange fut fructueux. « Une soirée comme on en voudrait tous les vendredis, » glisse un spectateur, visiblement conquis.

Alors que le concert s’achevait, une certitude flottait dans l’air moite de Douala : le CCN n’est plus seulement un projet, c’est un mouvement. En misant sur une gouvernance partagée, la professionnalisation des artistes et un dialogue interculturel sincère, il prouve que la culture, bien plus qu’un simple divertissement, est un puissant levier d’émancipation et de développement. L’avenir s’annonce radieux, et il a le bon goût de se danser au rythme d’une collaboration inédite au profit de l’exposition de la Culture camerounaise.

Ci-dessous, le tout en images et sons :

Jean Bosco BELL

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