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Portrait de Son Excellence Joseph Beti Assomo : Le stratège de l’ombre

À voir ce personnage se mouvoir dans les hautes sphères de la capitale, l’observateur des mœurs administratives reconnaîtrait d’emblée cette espèce rare de fonctionnaires que le sol du Cameroun produit avec une régularité de métronome. Né sous le soleil d’Ayos en 1859 — si l’on en croit le registre des temps modernes — cet homme appartient à cette aristocratie de la plume et du sceau, forgée dans le creuset de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature.

La physionomie du commandement

M. Beti Assomo possède cette rigidité toute militaire qui, chez l’administrateur civil, trahit une âme habituée à la règle et à l’obéissance. Son visage, souvent barré de lunettes sombres qui font office de remparts contre les curiosités indiscrètes, est un livre fermé. C’est une figure de bronze sur laquelle les passions n’osent laisser de rides. À Bamenda, debout dans son cercle blanc comme un prêtre devant l’autel de la Patrie, il incarne ce « sang-froid » que Balzac aurait prêté à un diplomate de la Restauration. Sa veste, bien que légèrement froissée par les cahots des voyages officiels, semble boutonné jusqu’à l’âme, interdisant toute familiarité.

L’ascension d’un travailleur infatigable

Sa carrière n’est pas une aventure, c’est une conquête méthodique. Des bureaux d’Ebolowa aux préfectures du Dja-et-Lobo, il a gravi les échelons de la hiérarchie avec la patience du lion qui observe sa proie. Il fut tour à tour le gendarme de la cité à Yaoundé III et le gardien des frontières dans l’Extrême-Nord. Partout, il a laissé l’image d’un homme qui « fait le boulot sans faire de vagues », cette vertu suprême dans les palais où l’ambition des autres finit souvent en disgrâce.

M. Beti Assomo n’est point de ces courtisans bruyants qui s’agitent dans les salons de la Présidence. C’est un travailleur de l’ombre, un de ces engrenages essentiels dont le silence est le garant du mouvement de la machine de l’État. Là où d’autres auraient choisi la lumière des journaux — lui qui fut admis à l’École de Journalisme — il a préféré la puissance discrète de l’administration, comprenant que dans ce pays, le sceau l’emporte toujours sur la plume.

La sentinelle du Palais

Depuis 2015, on lui a confié le portefeuille de la Défense, ce ministère de fer où se brisent les carrières les plus solides. Succédant aux intrigants, il y a apporté sa rigueur d’administrateur principal hors échelle. Dans le tintamarre des trompettes et le danger des zones de combat, il reste imperturbable. Sa discrétion est sa force ; son influence, invisible mais réelle, s’exerce par des rapports précis et des réunions d’évaluation où chaque mot est pesé comme un grain d’or.

Il est, en somme, la personnification de la stabilité : un homme de devoir, décoré de l’Ordre de la Valeur, dont la loyauté envers le Chef de l’État est une seconde nature. À une époque où tout s’expose, M. Beti Assomo reste une énigme drapée de dignité, une sentinelle veillant sur la tranquillité de la Nation avec la sévérité d’un juge et la précision d’un horloger.

Jean Bosco BELL

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