Affaire Bébé Mathis : Le « J’accuse » de Lydol face au tribunal populaire
Après neuf mois d’un silence pesant et de rumeurs dévastatrices, l’artiste slameuse camerounaise Lydol sort enfin de sa réserve. Entre désaveu public de son géniteur et dénonciation d’un lynchage numérique sans précédent, elle livre un témoignage qui secoue l’opinion. Enquête sur une onde de choc qui dépasse le cadre judiciaire.
Le 10 mai 2025 restera une date sombre dans la mémoire collective. Ce jour-là, l’atrocité frappait le petit Mathis, plongeant une famille dans l’indicible. Mais dans le sillage de ce drame, une autre tempête s’est levée : celle de la « culpabilité par association ». Lydol, figure de proue de la scène artistique, s’est retrouvée propulsée malgré elle au cœur d’un tourbillon médiatique pour une raison qu’elle n’a pas choisie : son patronyme. Son père, le principal suspect, est entre les mains de la justice.
Un désaveu radical : « Je ne suis pas le gendarme de mon père »
Dans une vidéo poignante publiée récemment, la slameuse a brisé une omerta de près de neuf mois. Sa ligne de défense est claire, sans fioritures : le désengagement total. « Mon père doit répondre de ses actes et payer à la hauteur du crime qu’il a commis », martèle-t-elle.
L’artiste rappelle une réalité souvent oubliée par le tribunal des réseaux sociaux : l’individualité de la responsabilité pénale. Ne vivant plus sous le toit paternel depuis huit ans, elle refuse d’endosser le costume de coupable par procuration. Pour elle, le respect de la mémoire du bébé Mathis passait par le silence et le recueillement, et non par une mise en scène de sa douleur ou de son innocence.
Harcèlement et « Fake News » : La dérive du tribunal numérique
Mais le récit de Lydol met surtout en lumière l’inquiétante dérive de l’indignation populaire. Ce qui a commencé comme une quête légitime de justice pour Mathis s’est transformé, selon ses dires, en une campagne de harcèlement coordonnée.
Accusations de tentatives de corruption à hauteur d’un milliard de FCFA, rumeurs d’organisation d’agressions d’avocats, théories de complot sur l’achat du silence de la famille pour 20 millions… Lydol démonte point par point ce qu’elle qualifie de « mensonges grotesques ».
« S’indigner n’est pas harceler. Dénoncer n’est pas insulter. Et encore moins menacer de mort », clame-t-elle, révélant qu’elle est la cible quotidienne de menaces d’une violence extrême. L’artiste pointe du doigt une instrumentalisation de sa carrière et de ses concerts, alors même qu’elle avait mis ses activités en berne par respect pour le deuil.
Le défi de la justice face à la clameur
L’intervention de Lydol pose une question fondamentale : dans une ère de saturation numérique, peut-on encore accorder le droit à la nuance ? Si la colère de la famille de Mathis et du public est légitime face à « l’atrocité », la transformation d’une fille en bouclier humain pour les fautes de son père interroge sur la santé de notre débat public.
Aujourd’hui, l’artiste ne demande pas la clémence pour son père, mais la sécurité pour elle-même et le respect de la vérité. Alors que l’enquête suit son cours, l’affaire Mathis et Nwafo devient le symbole d’une société camerounaise en quête de justice, mais parfois tentée par les raccourcis de la vengeance populaire. La parole est désormais à la justice. La vraie.






Jean Bosco BELL


