Présidentielle 2025 : Le Professeur Magloire Ondoa allume la mèche, la scène intellectuelle et politique s’embrase
Il aura suffi d’une seule intervention télévisée pour qu’un débat juridique feutré se transforme en une véritable tempête politique et morale. En exposant sur PRC TV sa lecture des conditions de candidature à l’élection présidentielle de 2025, le Professeur Magloire Ondoa, agrégé de droit public et recteur de l’Université de Douala, a jeté bien plus qu’un pavé dans la mare : il a déclenché un affrontement idéologique qui révèle les lignes de fracture profondes de la société camerounaise. Entre les salves acérées du rappeur Valsero et autres affidés du MRC, la défense corps et âme de ses disciples et les analyses passionnées, c’est le rôle même de l’intellectuel qui est mis en procès.
La puissance de la leçon magistrale : l’argument juridique comme détonateur
Au cœur de la controverse, il y a d’abord la parole du « Maître ». Loin des slogans politiques, l’intervention du Professeur Ondoa se voulait une dissection clinique, une exégèse rigoureuse des textes constitutionnels régissant l’éligibilité. Sa puissance ne réside pas dans l’émotion, mais dans l’autorité du savoir qu’il incarne. Pour ses partisans, il n’a pas donné une opinion, il a « dispensé la pensée », « fait vivre le droit ». En s’appuyant sur des décennies d’enseignement et sur son monumental « Traité de droit constitutionnel », il a posé un diagnostic juridique technique, fondé sur ce qu’il nomme « l’exigence de vérité juridique ». Cette posture, perçue par ses soutiens comme un phare éclairant l’obscurité des approximations politiques, a été interprétée par ses détracteurs comme une caution savante apportée au statu quo, une manière d’utiliser la complexité du droit pour légitimer un système et potentiellement invalider des candidatures disruptives. C’est précisément cette force tranquille, cette assurance académique, qui a mis le feu aux poudres.
La Contre-attaque morale : Valsero et le procès de l’intellectuel « compromis »
L’une des répliques les plus virulentes est venue, comme souvent, de l’artiste engagé Valsero. Depuis sa « clinique » virtuelle, le rappeur exilé n’a pas contesté la lettre du droit, mais l’esprit et la légitimité de celui qui l’énonce. Pour lui, le Professeur Ondoa, jadis « bâtisseur de générations académiques » à la « réputation internationale », aurait trahi son pedigree en devenant un « prisonnier du système », un « ordonnateur propagandiste ». L’attaque est frontale, accusant le recteur d’être « gravement compromis » et d’utiliser sa stature pour « défendre l’indéfendable ».
Valsero déplace radicalement le débat du terrain juridique vers celui de la morale publique, allant jusqu’à lancer des accusations gravissimes de malversations financières. « Tu dois partir en prison », martèle-t-il, présentant le Professeur comme un « intellectuel mis au service du système pour échapper à la justice ». Cette charge violente, qui nie toute légitimité à la parole du recteur, résonne auprès d’une partie de l’opinion qui se méfie des élites perçues comme « adepte » ou complices d’un régime qu’elle rejette. Pour Valsero et ses sympathisants, la compétence technique ne vaut rien sans l’intégrité morale ; un intellectuel, aussi brillant soit-il, qui se compromet avec un pouvoir jugé illégitime, perd son droit à enseigner la nation.
La Levée de boucliers : La garde prétorienne défend le « Monument »

Face à ce qu’ils qualifient de « pamphlet déshonorant » et de « lynchage médiatique », les soutiens du Professeur Ondoa ont organisé une riposte structurée. Des figures comme le journaliste Bruno Bidjang, ancien étudiant du professeur, ont opposé au portrait du « traître » celui du « monument », du « phare » dont l’enseignement « élargissait notre vision du monde ». Ce témoignage passionné vise à rappeler l’immense contribution académique du professeur et à disqualifier les attaques comme relevant de « l’ignorance ».
Plus officiellement, le Dr Gédéon Mpacko Ekelle, son chef de secrétariat particulier, a publié une défense méthodique, qualifiant les accusateurs de « rats d’égouts » et leurs écrits de « tissu de mensonge rachitique ». Il réaffirme que les analyses du Professeur Ondoa « procèdent d’une lecture juridique méthodique » et non d’une « commande politique ». Il défend l’intégrité de l’homme, rappelle qu’il n’a jamais été condamné, et met au défi ses détracteurs de sortir de l’anonymat pour un « débat d’idées ». Cette défense est renforcée par des soutiens politiques, comme celui de Jean Francois Eyenga du RDPC, qui voit dans ces attaques une tentative de « museler les intellectuels » qui défendent « la vérité ».
Au-delà de l’invective : Un duel symbolique sur l’avenir du Cameroun
Ce clash public dépasse de loin les personnes de Magloire Ondoa et de Valsero et d’autres thuriféraires du MRC. Il incarne un affrontement fondamental entre deux visions du rôle de l’intelligentsia à l’aube d’une échéance politique cruciale. D’un côté, une vision légaliste et institutionnelle, où l’expert se doit de dire le droit, indépendamment des passions politiques, considérant la stabilité des institutions comme un prérequis. De l’autre, une vision activiste et morale, où l’intellectuel a le devoir de se ranger du côté du « peuple », de dénoncer l’injustice et la corruption, quitte à bousculer l’ordre légal perçu comme un instrument de domination.
Cette controverse pose une question essentielle à la société camerounaise : qu’attend-elle de ses élites pensantes ? Des gardiens du temple juridique et de la rigueur académique, ou des porte-voix de la contestation et de l’exigence morale ? La virulence des réactions montre que la réponse est loin d’être unanime. À l’approche de 2025, ce débat sur la légitimité de la parole publique est tout aussi important que celui sur les conditions de l’élection elle-même. Il révèle une nation en quête de repères, tiraillée entre le respect de l’autorité savante et le besoin impérieux de rupture. Quoi qu’il en soit, cette surchauffe de la scène intellectuelle et politique nous renseigne sur une chose : même en considérant la maestria et l’honneur du Professeur Ondoa intacts, la leçon est que son intervention a agi comme un révélateur des tensions, des fractures et des dilemmes profonds qui traversent la société camerounaise à un moment charnière de son histoire. Là réside également la puissance révélatrice de l’intervention du scientifique invétéré qui précise : « C’est un faux débat », au regard sans doute de la clarté des textes en vigueur. La discussion est-elle destinée à finir en dispute et le débat en combat, quelle place notre société accorde désormais à la science ? Chauds devants !
Emission Face à La République EP 8 sur PRC TV : https://www.youtube.com/watch?v=uOHIAgWoGg0&t=1515s



Jean Bosco BELL


