À Yabassi, l’ENSAHV fait entendre la voix des femmes : entre droits, justice et action
Le 8 mars n’est pas une simple célébration. C’est un rappel puissant des combats menés et de ceux qui restent à mener. À l’École Nationale Supérieure d’Agronomie et des Sciences Halieutiques et Vétérinaires (ENSAHV) de Yabassi, établissement de l’Université de Douala, la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026 s’est transformée en un véritable espace de réflexion, d’engagement et d’espérance autour du thème mondial : « Droits, justice, action pour toutes les femmes et filles ».

Placée sous la responsabilité du Directeur le Pr. Tomedi Eyango Minette épse Tabi, avec la coordination du Pr. Yemdjie Mane Divine et du Dr. Ngo Mback Madeleine épse Ngeh, cette grande causerie éducative a rassemblé enseignants, personnels administratifs et étudiants ce 6 mars 2026 au Campus de Yabassi, dans une atmosphère à la fois studieuse et profondément humaine et en présence de Mme Dallè Désirée, épse Ngongang, Délégué Départementale de la promotion la femme et de la jeune fille.
Une mémoire des luttes féminines

La rencontre s’est ouverte par un rappel historique poignant présenté par les étudiantes de l’école (Bofia Adiang Eméline, Mbouwe Ditchou ornella Grace, Makana Mouodo Thérèse). Elles ont retracé l’origine de la Journée internationale des droits des femmes, née au début du XXᵉ siècle dans les luttes ouvrières pour de meilleures conditions de travail et pour le droit de vote.
Au Cameroun comme ailleurs, ont-elles rappelé, des avancées significatives ont été enregistrées : accès accru à l’éducation, participation croissante des femmes à la vie économique et politique. Mais les défis demeurent. Les violences basées sur le genre, les inégalités professionnelles et les discriminations continuent de freiner l’épanouissement de millions de femmes.
Selon les données des organisations internationales, plus de 60 millions de filles dans le monde restent privées d’éducation, tandis que près de 12 millions sont mariées avant l’âge de 18 ans. Des chiffres qui rappellent que l’égalité n’est pas encore une réalité.
L’éducation, clé de l’émancipation
Au cœur des échanges, le Dr. Ndjuissi Arlette a rappelé que les droits des femmes ne sont pas un privilège mais un principe fondamental d’égalité.
« Une société qui marginalise la moitié de sa population se prive elle-même de son potentiel », a-t-elle souligné.
Dans la même veine, le Dr. Ngoutane Alvine a présenté des statistiques révélatrices des inégalités persistantes dans l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle. Malgré les progrès, les filles restent encore moins nombreuses dans certaines filières, notamment scientifiques et techniques.
Pour les intervenants, la solution passe par une éducation sensible au genre, la promotion des filles dans les métiers scientifiques et une transformation progressive des mentalités.
Précarité, violences et défis sociaux
Le Pr. Yemdjie Divine a quant à elle mis en lumière une réalité souvent invisible : la précarité de l’emploi féminin, largement dominé par l’informel.
Au Cameroun, de nombreuses femmes travaillent sans protection sociale, sans stabilité professionnelle et avec des revenus souvent inférieurs à ceux des hommes.
La question des violences basées sur le genre, abordée par Mme Pouomogne Laure, a suscité de vives réactions dans l’assistance. Les médias et la société civile ont, selon elle, un rôle crucial à jouer pour dénoncer les abus et promouvoir une culture du respect et de l’égalité.
Culture, traditions et droits humains
La conférence a également abordé les tensions parfois existantes entre traditions et droits humains.
À travers l’histoire bouleversante d’une jeune fille contrainte au mariage précoce, NOUFEU Barbara a invité la société à repenser certaines pratiques culturelles qui compromettent l’avenir des jeunes filles.
Le message est clair : la tradition ne doit jamais être un prétexte pour violer les droits fondamentaux.
Quand les parcours inspirent les générations

Moment particulièrement émouvant de la rencontre : le partage d’expérience de deux femmes au parcours remarquable.
Mme Adèle Ngailai, proviseur du Lycée Technique Professionnel Agricole de Yabassi, a raconté son combat pour poursuivre ses études malgré les pressions sociales et familiales.
Aujourd’hui responsable d’un établissement scolaire, elle incarne la preuve vivante que la détermination peut briser les barrières sociales.
Autre témoignage inspirant, celui de Mme Songa Véronique, cadre à l’ENSAHV, qui a montré comment l’entrepreneuriat et la persévérance peuvent transformer les défis en opportunités. Ces deux parcours d’exception ont suscité une vive émotion chez le Pr. François Tchoumbougnang, qui a invité l’assistance à saluer ces modèles par une salve d’applaudissements. S’adressant à la jeunesse, il a exhorté les jeunes filles à s’inspirer de leur détermination, tout en enjoignant les garçons à se libérer des clichés qui faussent encore leur perception de la femme.
Un appel à l’action collective

Clôturant les travaux, Madame le Directeur de l’ENSAHV a particulièrement remercié Monsieur le Recteur le Pr. Magloire ONDOA qui a permis le déroulement de ces travaux. Elle a ensuite rappelé que les lois existent, mais qu’elles ne suffisent pas. La véritable transformation, a-t-elle insisté, repose sur l’engagement quotidien des citoyens, des institutions et des jeunes générations. À Yabassi, le message de cette journée résonne avec force : éduquer une femme, c’est transformer une société.
Dans un monde en quête d’équilibre et de justice, la cause des femmes n’est pas une cause parmi d’autres. Elle est, tout simplement, la condition même du progrès humain.





























Jean Bosco BELL


