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Présidentielle 2025 : L’appel à l’union sacrée de Célestin Bedzigui, analyse d’une offensive pour briser le statu quo

Alors que l’échéance présidentielle d’octobre 2025 profile ses enjeux cruciaux, le paysage politique camerounais, souvent caractérisé par une certaine atonie et une fragmentation de ses forces alternatives, est secoué par des prises de position audacieuses. La plus récente et sans doute l’une des plus commentées est la tribune de Sa Majesté Célestin Bedzigui, Président du Parti des Alliés Libérés (PAL). Son appel vibrant à une « Candidature Consensuelle » de l’opposition républicaine, largement diffusé, ne constitue pas seulement une déclaration d’intention, mais une véritable stratégie politique visant à dynamiter les clivages traditionnels et à offrir une alternative crédible face à un régime en place depuis plus de quarante ans.

L’analyse du leader du PAL, dont la formation dispose de la capacité légale d’investir un candidat, est sans concession. Il dépeint une nation aspirant à un « besoin ardent de respirer l’air d’une ère nouvelle », une critique directe d’un « règne qui a lui-même détruit les repères qu’il a proclamés ab initio ». Pour Sa Majesté Célestin Bedzigui, le mal profond qui ronge l’opposition et annihile ses chances réside dans sa « balkanisation ». Il pointe du doigt des barrières multiformes – culturelles (francophone vs anglophone), géographiques (le mythe d’une « onzième région » pour le Grand Nord), tribales (les tensions Beti vs Bamiléké) – auxquelles s’ajouterait une nouvelle fracture générationnelle, savamment entretenue. Cette insularité politique, qu’il estime « encouragée par le régime en place », prive chaque formation, prise individuellement, de la « masse critique d’électeurs » indispensable pour espérer détrôner le parti au pouvoir dans un scrutin à un tour.

Face à ce diagnostic implacable, la solution proposée par le Président du PAL s’impose, selon lui, « par le bon sens et par un esprit patriotique sincère ». Il s’agit de la « sommation », de la « mise en commun du potentiel et des capacités politiques de chaque Parti ». Cette mutualisation des forces se traduirait par un « candidat consensuel associé à une équipe commune pour la Refondation ». C’est une charge directe contre ceux qui privilégient les ambitions personnelles, qualifiés par Célestin de coupables des « trois péchés capitaux des Leaders politiques camerounais : le narcissisme individuel, le messianisme pathologique, le fractionnisme partisan ». En agissant ainsi, argumente-t-il, ces leaders « facilitent la tâche et donnent des gages à l’ordre gouvernant obsolète actuel », dont la principale force ne serait plus intrinsèque mais résiderait dans sa capacité à « entretenir la division du camp des Partis Républicains ».

Le propos se fait plus incisif lorsque Sa Majesté Célestin Bedzigui évoque les proclamations de certains leaders affirmant « la primauté au développement de leur parti » ou une « légitimité historique non-partageable ». Il y voit une possible dissimulation « d’accords politiques secrets ou de connivences inavouables, en contrepartie de facilités reçues ou attendues ». Cette insinuation, grave, vise à mettre la pression sur ses pairs et à les confronter à leurs responsabilités devant l’opinion publique.

Conscient du poids de son propre parcours et de sa « légitimité d’avoir conquis un mandat électif et une position exécutive dans un fief autrefois qualifié d’imprenable », le Président du PAL ne se limite pas à l’incantation. Il passe à l’action en proposant d’accueillir, à Anagsama Palace à Monatélé – lieu chargé d’une symbolique politique forte –, un « Conclave » des leaders des partis en capacité d’investir un candidat. L’objectif : désigner ce fameux candidat consensuel pour « engager une Refondation et une transition pacifique dans un esprit d’Union Nationale ». L’offre est assortie d’un avertissement solennel, presque une prophétie, à l’endroit de ceux qui se dissocieraient de cette démarche patriotique : « la trahison du peuple sera leur trophée de honte et la damnation politique perpétuelle sera leur destin ».

Cet appel à l’union sacrée, porté par un acteur politique crédible et disposant d’une assise électorale, trouve un écho certain auprès d’une opinion publique souvent désabusée par les querelles intestines de l’opposition. Il rejoint également les analyses de nombreux observateurs qui, depuis des décennies, identifient la dispersion des voix comme le principal talon d’Achille des adversaires du régime. Néanmoins, la route vers une telle candidature unique est semée d’embûches : les égos surdimensionnés, les divergences idéologiques réelles ou supposées, la méfiance historique entre les formations et leurs leaders, sans oublier la capacité du pouvoir en place à jouer sur ces divisions.

La proposition de Sa Majesté Célestin Bedzigui a le mérite de placer chaque acteur de l’opposition devant ses responsabilités historiques. Le compte à rebours pour 2025 est enclenché, et l’issue de cette initiative pourrait bien redéfinir en profondeur les dynamiques politiques et les chances d’une alternance pacifique au Cameroun. La question demeure : les « démons de la division » seront-ils, cette fois, véritablement exorcisés au profit d’un intérêt supérieur ? Wait and see !

Lire l’intégralité du propos de Célestin BEDZIGUI : https://camervibesmagazine.com/wp-content/uploads/2025/05/CELESTIN-BEDZIGUI-SIGNE-UNE-TRIBUNE-PUISSANTE-POUR-FEDERER-LOPPOSITION-CAMEROUNAISE.docx

Jean Bosco BELL

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