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Cameroun, autopsie d’une unité nationale mise à mal

Vieille tradition républicaine, le Cameroun célèbre chaque 20 mai, depuis 1972 et les noces de Foumban, les réjouissances qui consacrent son unité nationale. Pour cette 54e édition, l’événement a été pensé comme un projet politique structurant du roman national. La construction de cette unité apparaît comme l’essence même du pays, à condition de se débarrasser des avatars qui y font obstruction.

Hélas, contrairement aux usages où le chef de l’État dresse un discours programmatique sur l’état de l’union pour identifier les freins et proposer des solutions, ce n’est plus le cas chez nous.

Une unité nationale fantasmée

Comme un cinglant coup de massue à cette unité magnifiée, les événements récents à Zoetelé, après ceux de Meyo et Sangmelima, offrent une image réelle de l’union. Le roman national fait face à sa part hideuse, alors que l’unité n’a jamais été aussi menacée. Entre le NoSo en feu, le Grand Nord en rupture avec le narratif républicain depuis la présidentielle du 12 octobre dernier, les affrontements communautaires entre Bamouns et Tikars, ou les tensions Arabes Choa/Mousgoums, le pays vacille. À cela s’ajoute la stigmatisation et la peur fantasmée du Bamiléké, contraint de se taire au nom de la concorde.

On surjoue une unité imaginaire malgré la mollesse gouvernementale face aux discours haineux et les incongruités d’un cadre juridico-légal qui distingue, au détriment des droits politiques, « autochtones » et « allogènes ». Le tribalisme galopant prospère dans la fonction publique, tandis que la scène politique est devenue un théâtre où seule l’opposition louangeuse est tolérée.

Au bord du gouffre

L’unité nationale ne saurait se réduire à un banquet républicain luxueux réservé à quelques privilégiés. Le Camerounais cultive la peur et la haine de l’autre, portées par une bamiphobie (l’inverse étant par ailleurs pratiqué) dont les chantres s’expriment impunément dans les médias. L’intégration nationale cède la place à l’instinct grégaire de l’état de nature, où la paix sociale repose sur une sournoiserie permettant aux proches du pouvoir de piller les biens d’autrui dans l’indifférence de la force publique.

Des raisons d’y croire

Pourtant, l’espoir subsiste. Au-delà de l’instrumentalisation politique, les Camerounais développent une solidarité qui défie les préjudices. Les mariages interethniques se multiplient et, chez les oubliés de la République, une véritable concorde nationale se construit sur les terrains de football, autour d’une bière ou dans la solidarité de genre. Le Cameroun a de quoi bâtir, et c’est ce qu’on retiendra.

Vijilin NGUELIFACK

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