Et de dix. Le continent africain vient, une fois de plus, d’offrir au monde un scénario de transition qui semble avoir retrouvé une nouvelle jeunesse dans ses traditions politiques. Miniaturisé dans son paradigme de dévolution du pouvoir, le putsch militaire s’érige en moyen conventionnel de transition politique. En moins d’une décennie, le continent en a enregistré plus d’une dizaine. Cette récurrence doit naturellement nous amener à déplacer le débat des éternelles condamnations stéréotypées, enveloppées dans une diplomatie incantatoire, pour y substituer l’unique question qui en vaille véritablement la peine : POURQUOI ?
Pourquoi en est-on arrivé là ? On répondrait instinctivement, et peut-être naïvement, par la nécessité conjoncturelle – et l’on n’aurait difficilement tort. À l’analyse, l’on observe que ces disruptions violentes des ordres politiques, pourtant constitutionnellement établis, s’inscrivent toutes dans la même causalité : celle d’une réponse à l’obstruction des voies et mécanismes constitutionnels de dévolution du pouvoir, et, partant, à une confiscation constitutionnelle du pouvoir par les élites civiles.
Suivant un mécanisme désormais bien huilé, chaque coup d’État s’inscrit dans la même rengaine : instauration d’un comité de transition, de préférence militaire, qui prendra la forme des spécificités politiques du pays. Suivra la suspension des institutions et de la Constitution, puis l’instauration d’un état de fait, juridiquement adossé sur une charte de transition. Ses dispositions, dérogatoires à la Constitution supplantée ou absorbée, auront primauté sur cette dernière. Autant dire qu’il s’agit d’un ordre politiquement fondé sur les armes, sur la volonté du plus fort.
Échec des processus démocratiques
Il faut y voir aussi un échec patent de l’enracinement des processus démocratiques en Afrique. Ces derniers sont imbibés par les appétits, toujours aussi voraces et insatiables, des potentats africains, derniers timoniers d’un héritage Mitterrandien complètement désubstantialisé. C’est l’histoire d’un désamour croissant entre le peuple et l’élite dirigeante qui se regardent désormais en chiens de faïence, dans une mise en scène macabre où les seconds tiennent les premiers par les lianes de la peur et, au besoin, par un endoctrinement religieux prenant la forme d’un abrutissement collectif.
Dans le conflit désormais larvé entre la légalité et la légitimité de l’ordre politique, la Grande Muette entend ainsi jouer sa partition. Elle s’invite manu militari, non sans bourrasque assaisonnée aux crépitements de balles, au banquet républicain où elle se taille la part du lion. À croire qu’il ne lui est plus possible de se comporter en spectateur désabusé d’un film mal scénarisé dont la victime expiatoire est, d’une manière ou d’une autre, le peuple.
Telle une malédiction jurassienne, l’Afrique — singulièrement francophone — se démène tel un beau diable pour s’enfoncer là où les autres parlent science et technologie. « Ayo Africa », criait l’artiste… Une interrogation et un constat amer.





Vijilin NGUELIFACK
