Les relations entre Paris et Rome ne figurent pas parmi les plus harmonieuses d’Europe depuis l’élection, le 22 octobre 2022, de Georgia Meloni à la présidence du Conseil des ministres italien.
On se souvient encore de la sortie fracassante de la candidate d’extrême droite en 2019. Brandissant un billet de dix mille francs CFA, elle accusait la France d’être à l’origine de la pauvreté en Afrique, alimentée selon elle par le système monétaire hérité de la colonisation. Une situation qui, à ses yeux, poussait des milliers de jeunes Africains à l’exil vers l’Europe. Des propos très mal perçus à Paris, mais que l’on avait alors relativisés comme une simple diatribe électorale.
Une fois au pouvoir, la rhétorique se durcit. Luigi Di Maio, membre de la coalition gouvernementale et vice-président du Conseil des ministres, reprenait à son compte cette dénonciation, accusant Paris d’utiliser le franc CFA comme « instrument d’asservissement » des peuples africains. L’affaire provoqua une réaction immédiate de l’Élysée : l’ambassadeur d’Italie fut convoqué par le Quai d’Orsay, qui exprima ses vives protestations, conformément aux usages diplomatiques.
La nouvelle brouille prend cette fois racine dans le conflit ukrainien, révélant une fracture dans une Europe qui revendique pourtant son unité. Mattéo Salvini, vice-premier ministre, a réagi avec virulence à la proposition d’Emmanuel Macron d’envisager l’envoi de soldats européens en Ukraine. « Qu’il mette un gilet, prenne une arme et un casque pour aller lui-même au front », a-t-il lancé. Une attaque verbale jugée inacceptable à Paris, où l’on déplore des déclarations qui « sapent les liens de fraternité historiques » entre les deux capitales.
Au-delà de l’anecdote, cette opposition illustre les lignes de fracture que fait émerger le conflit russo-ukrainien au sein même de l’Union européenne. Entre Paris et Rome, la relation ressemble plus que jamais à une métaphore du « je t’aime, moi non plus ».

Vijilin NGUELIFACK
