LE BANQUET DES OMBRES (Ode au déduit d’une élection volée)
Le Banquet des Ombres est une ode de colère lucide et de dignité souveraine, née du dégoût d’une élection confisquée. Le poème dissèque la trahison, démasque les fausses victoires et oppose à la ruse des caves la majesté du temps. Ici, les vaincus d’hier deviennent l’Histoire de demain…
« Ils croyaient, les petits, dans l’ombre des bureaux, Étaler leur triomphe en chassant les héros. Par le fer du mépris, par l’encre de la ruse, Ils ont dressé l’embûche où la foi se récuse. Mais voyez ces géants, ces cœurs au front serein, Qu’on écarte du seuil comme un métal trop plein ; Trahis par le confrère au baiser de Judas, Ils tombent en vainqueurs au milieu des soldats.
Ô leadership de cave, ô règne de l’instinct ! Où l’honneur se négocie au gré d’un gain succinct. Ils ont poussé l’élite en ses derniers remparts, Croyant que la lumière aux traîtres appartient par parts. Mais en fuyant le jour, en rampant vers l’obscur, Ils ont montré au monde un visage impur ; La lâcheté s’étale, en un geste pervers, Et leur gloire d’un soir n’est que l’envers des vers.
Qu’importe d’être ou non sous le dais du pouvoir ? L’essentiel est ailleurs, au fond du grand devoir. Car le temps, cet arbitre, ce souffle de Dieu même, Démêle les fils d’or du plus sombre blasphème. Le méchant croit gagner car le cadran se tait, Mais le temps est la masse où le juste renaît ; Sempiternel, immense, il broie les vanités, Et laisse aux imposteurs leurs noms déshérités.
Qui donc est le vainqueur de ce sombre tournoi ? Celui qui vend son frère en oubliant la loi, Ou celui qui, debout, bec et ongle a tenu, Pour le droit des petits, du pauvre et du nu ? Le peuple, en apparence, est le perdant d’un jour, Bafoué par les « barons » et leur lâche tour. Mais sa vengeance arrive, lente comme le sort, Elle efface les noms des vivants déjà morts.
Individus d’écume, aux essences fugaces, Le vent de l’histoire balayera vos traces. Les écartés d’hier sont les maîtres de demain, Car Dieu, c’est le Temps, et le Temps est en chemin. »





Jean Bosco BELL


