Le conflit israélo-palestinien : De la rivalité foncière au miroir des fractures géopolitiques mondiales
Le conflit israélo-palestinien ne se résume ni à une querelle religieuse ancestrale, ni à une simple opération antiterroriste. Il s’agit fondamentalement d’une rivalité territoriale tragique pour la souveraineté sur une même terre exiguë. Au fil de plus d’un siècle d’histoire, cette confrontation s’est transformée : d’une guerre interétatique classique, elle est devenue une lutte locale asymétrique, avant de s’imposer comme le révélateur majeur des mutations de l’ordre international.
1. La matrice territoriale et l’asymétrie du terrain
L’accès et le contrôle de la terre constituent le fil conducteur de la crise. Initié par la promesse britannique de 1917 (Déclaration Balfour) et le mandat de la SDN (1920), le projet sioniste a entraîné des vagues d’immigration juives. Le plan de partage de l’ONU de 1947 (résolution 181) et la création de l’État d’Israël en 1948 ont débouché sur la première guerre israélo-arabe. Cet épisode s’est traduit par la Nakba — l’exode forcé de plus de 800 000 Palestiniens — et par l’extension des frontières d’Israël.
Le tournant majeur survient lors de la guerre des Six Jours en 1967, marquant le début de l’occupation israélienne de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, de Jérusalem-Est et du Golan. Depuis, la souveraineté palestinienne est amputée par une politique de colonisation continue :
- Emprise spatiale : Plus de 630 000 colons sont installés en Cisjordanie.
- Fragmentation : Le réseau de checkpoints, l’érection du mur de séparation au-delà de la ligne verte et la mainmise sur 85 % des ressources en eau ont transformé les territoires palestiniens en un archipel enclavé.
À cette réalité géographique s’ajoute un verrouillage politique. L’échec du processus d’Oslo (1993) et des sommets ultérieurs, l’assassinat d’Yitzhak Rabin et la rupture interne palestinienne de 2007 — opposant l’Autorité palestinienne en Cisjordanie au Hamas à Gaza — ont paralysé toute perspective de négociation. Face à un État d’Israël technologiquement et militairement surpuissant, la population palestinienne subit une précarité systémique.
2. Du déni d’invisibilisation à l’onde de choc du 7 octobre 2023

Avant octobre 2023, la stratégie du gouvernement israélien visait à reléguer la question palestinienne au second plan. Sur le plan externe, la diplomatie américaine et israélienne a promu les Accords d’Abraham (2020), normalisant les relations d’Israël avec plusieurs pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Maroc, Soudan) sans concession territoriale pour les Palestiniens. Sur le plan interne et international, l’accent mis sur la menace iranienne entretenait l’illusion d’un conflit sous contrôle.
L’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 (1 200 morts en Israël, prises d’otages) et la riposte militaire massive contre Gaza ont brisé ce déni. Cet événement a brutalement réinscrit l’occupation et la solution à deux États au cœur de l’agenda diplomatique mondial.
3. L’internationalisation et la guerre des récits
Aujourd’hui, le différend territorial s’insère dans une compétition stratégique globale :
- Alliances régionales : L’Iran soutient l’« axe de la résistance » (Hamas, Hezbollah) pour dissuader Israël, tandis que la Turquie et le Qatar exercent un levier diplomatique. À l’inverse, l’axe américain et les signataires des Accords d’Abraham privilégient la coopération sécuritaire et économique avec Israël, bien que les opinions publiques arabes restent très attachées à la cause palestinienne.
- Rivalités des grandes puissances : Les États-Unis maintiennent un soutien militaire et diplomatique massif à Israël. L’Union européenne reste divisée, tandis que la Russie et la Chine exploitent la crise pour renforcer leur positionnement au sein du Sud global et contester l’hégémonie occidentale.
- Droit international et information : L’application du droit humanitaire et des résolutions de l’ONU se heurte aux rapports de force diplomatiques. Parallèlement, les réseaux sociaux et médias mondiaux sont devenus un front stratégique pour imposer son récit et délégitimer l’adversaire.
Perspsectives de crise
Les analyses stratégiques oscillent désormais entre deux hypothèses : la relance ardue d’une solution à deux États — complexifiée par la colonisation du terrain — et la persistance d’un conflit de longue durée rythmé par des cycles de violence. Tant que les questions clés (statut de Jérusalem, sécurité, création d’un État palestinien, réfugiés) ne feront pas l’objet d’un compromis politique durable, chaque accalmie demeurera précaire.
Principales sources
- Diploweb (Durrieu, Marie) :Comment comprendre le conflit israélo-palestinien de ses origines au 7 octobre 2023 ?
- Le Monde diplomatique : Cartographie et recension historique de la colonisation en Cisjordanie.
- Policy Center for the New South : Analyses géo-économiques des Accords d’Abraham.
- Nations Unies (UNISPAL) : Données chiffrées sur les réfugiés, la colonisation et les droits humains.
- Analyses prospectives : CICR, International Crisis Group, SIPRI, CFR, Carnegie Endowment, Chatham House.









Jean Bosco BELL, Chercheur en Philosophie


